Saint-Aquilin | 24
Afin de préserver une forêt locale située parmi les territoires français les plus touchés par la sylviculture industrielle, une initiative citoyenne est née en 2023, dans le but d’acquérir collectivement des parcelles forestières et de protéger leur biodiversité. Si l’action du groupement forestier s’inscrit dans le temps long, son ambition à court terme est d’impulser une autre façon de gérer la forêt et de créer du lien social autour d’un projet concret et local.
Selon l’observatoire de l’association Canopée qui a mis en place un suivi des coupes rases fondé sur la détection satellitaire, la forêt de la Double en Dordogne, située entre deux rivières - la Dronne au Nord et l’Isle au Sud-, composée de pin maritimes et de feuillus, est l’une des plus touchées en France.
« Tous propriétaires de nos forêts »
Ce constat, mais aussi leurs observations sur la forêt auparavant, décident dans un premier temps Pascale Moullet et Xavier Svahn, son mari, à créer une association avec pour objectif de lutter contre la sylviculture industrielle, mais en 2023, ils souhaitent donner un autre sens à leur action avec le Groupement Forestier Citoyen et Ecologique des feuillus de la Double : « Notre volonté était de passer à une action plus concrète localement, plus soft et non pas de dénoncer. L’existence d’un Groupement Forestier Citoyen et Écologique au nord du département nous a permis de tester la démarche en devenant associés et de valider la formule “Tous propriétaires de nos forêts“. Le GFCE des Feuillus de la Double pouvait se mettre en place avec la volonté de montrer que l’on peut faire autrement » raconte notre interlocutrice.
Mais, qu’est-ce qu’un Groupement Forestier Citoyen et Écologique ?
Un GFCE est tout d’abord, comme son nom l’indique, un groupement foncier forestier à vocation citoyenne et écologique. En termes juridiques, il s’agit d’une société civile dont l’objectif principal est l’acquisition, la gestion, l’exploitation et la conservation des massifs forestiers. Si les étapes pour sa mise en place sont complexes sur le plan administratif, l’inscription, la gestion,… le groupement y fait face en bénéficiant de l’apport de structures proches et similaires, comme l’indique notre interlocutrice, avec qui nous privilégions d’évoquer plus particulièrement, les motivations qui se rattachent à sa création : « Notre groupement a pour objectif d’acquérir collectivement des parcelles dans la Double afin d’en protéger la biodiversité, ainsi que de préserver ou d’aider à la (re)constitution de futaies irrégulières en âge et en essences, nous voulons des forêts vivantes. Enfin, en tant que biens communs, elles sont ouvertes à tout le monde afin de prendre en compte les activités de loisirs locales. Tout cela est explicité dans la charte et le pacte ainsi que notre fonctionnement qui se veut transparent et participatif ».
Un démarrage à 3 associés, aujourd’hui 55…
Créé voici trois ans avec trois associés (soit à ce jour les trois cogérants fondateurs parmi les quatre élus), le GFCE démarre avec une première acquisition de 2,5 hectares ; Un an plus tard, ce sont 30 puis aujourd’hui 55 associés qui détiennent une dizaine d’hectares. La qualité est liée à l’acquisition d’une ou plusieurs parts sociales dont le montant minimum ici est de 100€ et donnera une voix à son détenteur quel que soit le nombre de ses parts. « Si les gérants gèrent et représentent le groupement, notre fonctionnement se veut participatif et se fait à partir des AG, de la diffusion des délibérations de la gérance, de réunions, de la communication interne à travers le site, de documents mis à disposition… Les acquisitions passent par information de nos associés, en allant ensemble sur le terrain, avoir leurs points de vue… »
Le groupement se structure autour du partage des connaissances et des bonnes pratiques
Les associés du groupement sont des hommes et femmes, jeunes, moins jeunes, leurs compétences et leurs connaissances sont variées, pour les deux-tiers, ils habitent le département, à proximité de la Double. Au fil du temps, le collectif s’est structuré à travers la mise en place d’un conseil scientifique et technique, de référents massifs forestier, la constitution d’un répertoire local de la filière bois : « Ces réflexions/échanges, nous amènent à développer nos connaissances faisant évoluer nos objectifs, comme tout dernièrement, avec le thème : “Pourquoi c’est mieux de semer que de planter ?“, à penser également une évolution de la sylviculture à la foresterie ».
Sur le terrain, des chantiers collectifs pour l’entretien sont proposés, telle la protection des jeunes plants, ou dernièrement, avec la récolte des graines locales pour les semis… « Demain, le sujet de l’hydro-génération sera au programme avec la réalisation de chantiers castors… Pour tous ces moments collectifs, participatifs, nous essayons de privilégier la convivialité » précise notre interlocutrice.
… Avec la volonté de trouver son équilibre économique
Pour ce jeune groupement, la réflexion de son avenir est aussi une question importante qui se pose de façon encore plus pragmatique, dès lors qu’un achat est en vue : « Notre projet d’acheter 13 hectares, remarquablement préservés et très riches en biodiversité nécessite 75 000 euros d’investissement ; pour les acquérir, il nous faut trouver de nouveaux associés. Une fois que nous aurons atteint notre dimension souhaitée et gérable, notre vocation n’est pas de grossir pour grossir, il nous faut trouver, à moyen terme, un équilibre économique, à travers la vente de bois réalisée à partir d’éclaircies, tout cela en adéquation avec une sylviculture douce, dans le but d’acheter d’autres parcelles, du matériel et également faire réaliser les travaux d’entretien nécessaires.»
Les trois coups ! Selon Pascale Moullet
> Coup de chapeau : « A l’association “forêts partagées“ qui favorise l'essaimage des collectifs forestiers, leur aide nous est précieuse, sur le plan administratif, mais pas seulement, ils organisent notamment une fois par an, un regroupement des gérants qui permet d’entretenir une dynamique. Et également au “Réseau des Alternatives Forestières“ (RAF) qui s’est développé sur des alternatives solidaires, citoyennes et écologiques. On a besoin des deux pour répondre à tous les enjeux.»
> Coup de main : « On en donne lorsque des personnes nous contactent pour créer un GFCE et bien souvent, ça passe par une prise de part pour voir comme cela fonctionne. Et on reçoit des coups de main du RAF et de d’autres acteurs associatifs… »
> Coup de projecteur : « Sur la BD documentaire “le génie de la forêt“ pour lequel Francis Hallé a participé ; On y apprend de façon très accessible le fonctionnement des forêts. Et je citerai aussi l’ouvrage de Gaëtan du Bus de Warnaffe, Pour une gestion écologique des forêts qui est plus technique mais aussi très accessible »
GFCE Les feuillus de la Double : https://lesfeuillusdeladouble.fr






